L'addiction aux jeux d'argent commence lorsque le jeu cesse d'être un loisir que l'on parvient à limiter et qu'il entraîne des dommages répétés, le plus souvent financiers. Une aide est accessible tout de suite : Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) et par chat.

Le phénomène n'a rien de marginal. Selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), environ 360 000 adultes présentaient en 2023 un risque élevé lié à leur pratique de jeu, et 810 000 autres un risque modéré. Derrière ces chiffres revient toujours la même difficulté : savoir à partir de quand s'inquiéter, puis vers qui se tourner.

Cette page rassemble ce qui existe en France pour les joueurs et pour leur entourage, dans l'ordre où les questions se posent le plus souvent : obtenir de l'aide, reconnaître le problème, limiter le jeu, se l'interdire, accompagner un proche. Chaque partie résume l'essentiel et renvoie à un guide détaillé.

Besoin d'aide maintenant ?

Le service d'aide à distance de Santé publique France reste le point d'entrée le plus simple, que la question porte sur votre propre pratique ou sur celle d'une personne proche. Il n'est pas nécessaire d'attendre une situation grave pour l'utiliser.

  • Joueurs Info Service : 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé)
  • Chat sur le site joueurs-info-service.fr, pour les joueurs comme pour leurs proches
  • CSAPA (centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie) : consultations anonymes et gratuites dans chaque département, selon Joueurs Info Service
  • Évaluer sa pratique : Evalujeu, l'outil de l'Autorité nationale des jeux (ANJ)

Jeu excessif, jeu pathologique, addiction : de quoi parle-t-on ?

Trois termes circulent, et ils ne désignent pas exactement la même chose. Dans un document de définition publié en 2024, l'ANJ décrit le jeu excessif comme « tout type de jeu répétitif qui mène à des conséquences néfastes récurrentes (ou aggrave celles-ci), comme les problèmes financiers importants ». En France, cette pratique se mesure avec l'Indice canadien du jeu excessif (ICJE), le questionnaire sur lequel reposent aussi les enquêtes de population de l'OFDT.

Le jeu pathologique relève d'un autre registre. Selon le même document, il s'agit d'« un terme propre au milieu clinique et médical », qui renvoie à un diagnostic posé par un professionnel de santé à partir des critères du DSM-5, le manuel de référence des troubles mentaux. Le mot désigne un trouble, pas une personne. Aucun article en ligne ne permet de le constater à distance.

Le terme d'addiction, enfin, est celui de la santé publique. La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) classe les jeux d'argent et de hasard parmi les addictions sans substance, dans lesquelles la personne « devient incapable de limiter la place du jeu dans sa vie ». Les textes réglementaires emploient souvent la formule complète « jeu excessif ou pathologique », qui englobe les deux réalités. Cette page suit cet usage et parle de personnes qui développent un problème de jeu, sans étiquette.

Quand le jeu prend trop de place : les signaux d'alerte

Joueurs Info Service décrit d'abord la place que prend le jeu : « Le jeu prend une place très importante dans la vie du joueur qui développe un problème de jeu. » Vient ensuite la difficulté à s'arrêter, puisque le joueur « n'arrive plus à arrêter de jouer, même s'il le souhaite », puis un changement de motivation que le service résume en deux phrases : « L'espoir de gagner se transforme en espoir de se refaire. Jouer n'est plus un plaisir mais une nécessité. »

Se refaire, c'est rejouer dans le but de récupérer l'argent perdu. La différence entre miser pour gagner et miser pour rattraper une perte est précisément celle que décrit Joueurs Info Service. Joueurs Info Service décrit également une évolution en trois temps, d'une phase de gain à une phase de pertes, puis à une phase de désespoir. Parmi les conséquences possibles, la MILDECA cite le surendettement, l'isolement ainsi que des difficultés familiales et professionnelles.

Aucun de ces signes, pris isolément, ne vaut diagnostic. Leur accumulation, en revanche, justifie d'en parler. La liste complète, avec la manière de l'interpréter pour soi ou pour un proche, figure dans le guide consacré aux signes d'un jeu problématique.

Pour situer sa propre pratique, l'ANJ propose Evalujeu, présenté comme « un dispositif de prévention du jeu excessif ». L'outil s'appuie sur l'ICJE et délivre « des conseils personnalisés » à partir des réponses données, ce qui aide à mettre des mots sur une inquiétude sans remplacer l'avis d'un professionnel. Son fonctionnement est détaillé dans la page expliquant comment évaluer sa pratique avec Evalujeu.

Combien de personnes sont concernées en France ?

Deux sources publiques mesurent le phénomène avec des méthodes différentes, et leurs chiffres ne s'additionnent pas. La première interroge un échantillon de la population adulte. La seconde observe les comptes des joueurs inscrits chez les opérateurs agréés.

Selon l'enquête de l'OFDT portant sur l'année 2023, publiée le 18 décembre 2024, 51,6 % des personnes âgées de 18 à 75 ans avaient joué à un jeu d'argent. Rapportés à l'ensemble de cette tranche d'âge, 1,7 % présentaient un risque modéré et 0,8 % un risque élevé, soit environ 810 000 et 360 000 adultes. Dans une note publiée en 2025, l'OFDT traduit ces résultats ainsi : cela concerne « près de 5 % des joueurs », soit 2,5 % des 18-75 ans.

L'ANJ procède autrement. Son algorithme, appliqué aux comptes des opérateurs agréés au second semestre 2025 et présenté le 13 mai 2026, repère environ 600 000 joueurs ayant une forte probabilité de jeu excessif, soit 8,7 % des joueurs selon l'ANJ, dont environ 300 000 jugés « manifestement excessifs ». Ensemble, ces 600 000 joueurs génèrent 60 % du produit brut des jeux (PBJ, ce que les opérateurs conservent une fois les gains versés), soit 1,2 milliard d'euros.

C'est ici que se mesure l'écart entre ce que le régulateur observe et ce que les opérateurs détectent. En 2025, les opérateurs agréés ont eux-mêmes identifié 89 000 joueurs dits « excessifs », contre 31 000 un an plus tôt. Le chiffre a presque triplé, mais il reste très en deçà de l'estimation de l'ANJ. Les séries complètes, leurs sources et leurs limites de méthode sont présentées dans la page consacrée aux données sur le jeu excessif en France.

Limiter son jeu : les outils des opérateurs agréés

Chez un opérateur agréé par l'ANJ, les limites ne relèvent pas d'une option facultative cachée dans un menu. L'article 17 du décret n° 2020-494 impose à l'opérateur d'inviter chaque joueur à fixer, avant son premier dépôt, une limite de dépôts calculée sur sept jours glissants et, avant sa première mise, une limite de mises par période de sept jours. S'y ajoutent une limite de temps de jeu pour le poker et un seuil de retrait automatique, c'est-à-dire un montant au-delà duquel les crédits qui le dépassent sont reversés sur le compte de paiement du joueur.

À ces modérateurs de jeu s'ajoute l'auto-exclusion. Selon l'ANJ, elle « ne peut être inférieure à 24h ni supérieure à 12 mois » et ne vaut qu'auprès de l'opérateur qui l'a enregistrée. Le régulateur présente l'ensemble de ces outils pour garder la maîtrise du jeu comme un moyen pour que le jeu « reste un loisir ». Leur limite tient à leur portée : une personne auto-exclue d'un site peut toujours ouvrir un compte chez un autre opérateur.

Ces outils sont utiles lorsque la pratique de jeu devient difficile à maîtriser, à condition d'être réglés avant d'en avoir besoin. Leur fonctionnement détaillé, et la manière de les ajuster, sont expliqués dans le guide sur l'auto-exclusion et les limites de dépôt.

L'interdiction volontaire de jeux : un registre national tenu par l'ANJ

L'interdiction volontaire de jeux (IVJ) fonctionne à l'échelle nationale, et c'est ce qui la distingue de l'auto-exclusion. Une fois la personne inscrite dans le registre tenu par l'ANJ, l'accès lui est fermé dans les casinos et clubs de jeux, sur les sites agréés par l'ANJ (paris sportifs, paris hippiques, poker) ainsi qu'aux jeux de la Française des jeux (FDJ) et du Pari mutuel urbain (PMU) pratiqués avec un compte joueur.

La mesure est prise, selon le site dédié de l'ANJ, « pour une durée de trois ans minimum ». Elle est reconduite tacitement à son terme et ne peut être levée qu'après ces trois ans, sur demande. La demande se fait en ligne, avec la copie d'une pièce d'identité en cours de validité et un « selfie dynamique », ou par courrier. Il s'agit d'« une démarche strictement personnelle », sauf exception prévue pour les majeurs sous mesure de protection.

Selon l'OFDT, le registre comptait 73 439 personnes en 2024, soit 25,9 % de plus qu'un an auparavant. La différence avec l'auto-exclusion est considérable : l'une ferme la porte d'un seul site, l'autre celle de l'ensemble des opérateurs concernés. La procédure complète, la levée et les cas particuliers sont expliqués dans le guide sur l'interdiction volontaire de jeux, étape par étape.

Sans agrément de l'ANJ, aucune de ces protections

Tous les dispositifs décrits jusqu'ici ont un point commun : ils ne s'appliquent qu'à l'offre autorisée en France. Sur les sites non autorisés, l'ANJ constate qu'« il n'y a pas d'encadrement des mises », et l'IVJ ne couvre que les opérateurs énumérés plus haut. Pour le casino en ligne, la position de l'Autorité est explicite : « tous les sites de casino en ligne sont illégaux : la licence internationale de casino en ligne n'a aucune valeur légale reconnue ».

Un agrément de l'ANJ engage l'opérateur sur des règles contrôlées en France, dont les modérateurs de jeu et le respect du registre des interdits de jeux, alors qu'une licence délivrée à l'étranger n'apporte aucune de ces garanties. L'enjeu n'est pas théorique. Selon une étude menée pour l'ANJ avec PwC et publiée en décembre 2023, 79 % du produit brut des jeux de l'offre illégale proviendraient de joueurs ayant une pratique à risque.

Vérifier qu'un opérateur figure sur la liste des opérateurs agréés publiée par l'ANJ prend quelques minutes. Mieux vaut le faire avant de s'inscrire plutôt qu'après un litige. Le cadre légal est détaillé dans la page sur ce que la loi française autorise en ligne, et la différence de statut dans celle consacrée à l'agrément ANJ et aux licences étrangères. Les dangers propres à ces plateformes sont traités à part, avec les risques des sites de jeux non autorisés.

Se faire aider : ligne d'écoute, CSAPA, groupes d'entraide

Joueurs Info Service, au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) ou par chat, s'adresse aux joueurs comme à leur entourage. Le service conseille de ne pas attendre d'être dans une phase de désespoir pour y avoir recours. Un appel permet d'obtenir information, conseil et soutien, et d'être orienté vers une aide adaptée.

Pour un accompagnement dans la durée, les CSAPA accueillent, selon Joueurs Info Service, « de façon anonyme et gratuite », et il en existe « dans tous les départements de France ». Ils reçoivent aussi les proches, en entretien individuel ou en groupe. Le même service mentionne des consultations d'addictologie à l'hôpital et des soins avec hébergement lorsque la situation le demande.

L'entraide entre pairs complète ces dispositifs sans les remplacer. Selon Joueurs Info Service, le principe est que des joueurs ou d'anciens joueurs se regroupent pour s'entraider dans l'abstinence ou le jeu modéré. Parmi les organismes présentés par le service figurent notamment Gamblers Anonymes et l'association SOS Joueurs, dont les intervenants sont, selon cette page, des professionnels spécialistes de la dépendance au jeu.

Quand c'est un proche qui joue

Un problème de jeu pèse aussi sur l'entourage, qui peut se retrouver démuni face à des dettes ou à des explications changeantes. Joueurs Info Service consacre une rubrique entière, « Le jeu et vos proches », à cette situation : repérer les signes chez quelqu'un d'autre, « Prendre soin de soi », « Protéger ses finances » et « Encourager le joueur à se faire aider ». La ligne d'écoute et le chat sont ouverts aux proches, et les CSAPA les reçoivent également.

Une limite doit être connue d'emblée : l'IVJ ne peut en principe pas être demandée à la place du joueur, puisqu'il s'agit d'une démarche strictement personnelle. Le rôle des proches passe par la parole et par la protection du budget du foyer. Ce qu'il est possible de dire, de faire et d'éviter est développé dans le guide comment aider un proche qui joue trop.

Questions fréquentes

Joueurs Info Service est-il anonyme ?

Oui. Le service présente son numéro, le 09 74 75 13 13, comme un appel anonyme et non surtaxé : il n'est pas nécessaire de donner son nom pour être écouté et orienté. Le même accompagnement est proposé par chat sur le site de Joueurs Info Service, aux joueurs comme à leurs proches.

Comment savoir si je joue trop ?

Plusieurs repères doivent alerter, en particulier l'envie de rejouer pour se refaire, l'impossibilité de s'arrêter malgré la volonté de le faire et la place croissante du jeu au quotidien. Evalujeu, l'outil de l'ANJ fondé sur l'ICJE, aide à situer sa pratique. Seul un professionnel de santé peut toutefois poser un diagnostic.

L'auto-exclusion et l'interdiction volontaire de jeux, est-ce la même chose ?

Non. L'auto-exclusion, de vingt-quatre heures à douze mois, ne vaut que chez l'opérateur auprès duquel elle est demandée. L'interdiction volontaire de jeux, inscrite au registre de l'ANJ pour trois ans minimum, s'applique aux casinos, aux sites agréés, à la FDJ et au PMU avec compte joueur. La seconde protège donc bien plus largement.

Peut-on demander une interdiction de jeux pour un proche ?

Non. L'ANJ la décrit comme une démarche strictement personnelle : seule la personne concernée peut la demander, sauf exception prévue pour les majeurs sous mesure de protection. Les proches peuvent en revanche appeler Joueurs Info Service, consulter un CSAPA et encourager le joueur à entreprendre lui-même la démarche.

Où consulter près de chez moi pour une addiction aux jeux d'argent ?

Des CSAPA existent dans tous les départements et, selon Joueurs Info Service, ils accueillent de façon anonyme et gratuite les joueurs comme leurs proches. Pour trouver la structure la plus adaptée, un appel au 09 74 75 13 13 ou un échange par chat permet d'être orienté vers une consultation spécialisée.

Les limites de dépôt existent-elles sur tous les sites de jeux ?

Non. L'obligation découle de l'article 17 du décret n° 2020-494 et ne vise que les opérateurs agréés par l'ANJ, qui doivent proposer ces limites avant le premier dépôt ou la première mise. Sur les sites non autorisés, l'ANJ rappelle qu'il n'y a pas d'encadrement des mises : aucune limite n'y est garantie.

Addiction aux jeux d'argent : par où commencer ?

L'addiction aux jeux d'argent ne se règle pas avec une page web, et ce texte ne constitue pas un avis médical ni un conseil juridique. Il indique où se trouvent les appuis, et le plus direct reste un appel à Joueurs Info Service au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé). Viennent ensuite, selon la situation, un rendez-vous dans un CSAPA, des limites fixées chez l'opérateur ou une interdiction volontaire de jeux auprès de l'ANJ. Aucune de ces démarches n'engage à tout régler d'un coup. Les règles communes à toute pratique de jeu sont rassemblées dans les principes du jeu responsable.

Sources