Deux chiffres officiels décrivent le jeu excessif en France, et ils semblent se contredire. Selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 2,5 % des adultes de 18 à 75 ans avaient en 2023 une pratique de jeu à risque. Selon l'Autorité nationale des jeux (ANJ), 600 000 joueurs disposant d'un compte présentaient au second semestre 2025 une forte probabilité de jeu excessif.
Les deux chiffres sont exacts. Ils ne portent ni sur la même population ni sur la même méthode, et une troisième série, consacrée à l'offre illégale, en suit encore une autre. Ce texte présente chaque mesure avec sa source, son année et son périmètre, puis ce qu'elle dit de la protection des joueurs.
Si le jeu vous inquiète, pour vous-même ou pour un proche : Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) et par chat sur joueurs-info-service.fr. Les démarches possibles sont réunies dans la page pour repérer une addiction aux jeux d'argent et trouver de l'aide.
Les chiffres clés du jeu excessif en France
Le tableau réunit les indicateurs publics disponibles au 30 septembre 2026. Chaque ligne se lit avec sa colonne « Population » : d'une population à l'autre, les valeurs ne s'additionnent pas.
| Indicateur | Valeur | Population | Source, période |
|---|---|---|---|
| Risque modéré | 1,7 % (env. 810 000) | Adultes de 18 à 75 ans | OFDT, 2023 |
| Risque élevé | 0,8 % (env. 360 000) | Adultes de 18 à 75 ans | OFDT, 2023 |
| Joueurs dits « excessifs » | 600 000 (8,7 %) | Joueurs sur compte | ANJ, 2d semestre 2025 |
| Part du produit brut des jeux (PBJ) des joueurs excessifs | 60 % (1,2 milliard d'euros) | Joueurs sur compte | ANJ, 2d semestre 2025 |
| Joueurs excessifs repérés par les opérateurs | 89 000 | Clients des opérateurs | ANJ, 2025 |
| Consommateurs de l'offre illégale | env. 3 millions (estimation) | Panel web | ANJ et PwC, 2023 |
| PBJ illégal issu du jeu à risque | 79 % (estimation) | Offre illégale | ANJ et PwC, 2023 |
| Inscrits au fichier des interdits de jeux | 73 439 | Registre national | OFDT, 2024 |
Les tendances se lisent à l'intérieur de chaque source, jamais en passant de l'une à l'autre.
Pourquoi l'OFDT et l'ANJ ne comptent-ils pas la même chose ?
Parce que les deux organismes n'observent pas les mêmes personnes. L'OFDT interroge un échantillon d'adultes de 18 à 75 ans, qui décrivent eux-mêmes leur pratique. L'ANJ analyse le comportement enregistré des joueurs qui disposent d'un compte, en ligne ou auprès de la Française des jeux (FDJ) et du Pari mutuel urbain (PMU).
L'enquête de l'OFDT classe les répondants à l'aide de l'Indice canadien du jeu excessif (ICJE), un questionnaire sur les comportements de jeu et leurs conséquences. Le résultat dépend de ce que les personnes déclarent. Le même indice sert de base aux outils présentés dans la page pour évaluer sa pratique avec l'indice ICJE.
L'algorithme de l'ANJ, présenté le 13 mai 2026, part des données des comptes joueurs. Il combine « 23 indicateurs ou critères de risques », a été validé à l'aune de l'ICJE et répartit les joueurs en quatre catégories : « joueur récréatif, joueur à risque modéré, joueur excessif et joueur manifestement excessif ».
| Source | Méthode | Population | Période |
|---|---|---|---|
| OFDT, enquête auprès des adultes | Questionnaire déclaratif, ICJE | Adultes de 18 à 75 ans | 2023 |
| ANJ, algorithme | 23 indicateurs sur les comptes | Joueurs sur compte, dont FDJ et PMU | 2d semestre 2025 |
| ANJ et PwC, offre illégale | Panel web, estimation | Plus de 11 000 personnes interrogées | 2023 |
Un calcul tentant ne tient pas. Rapporter les 600 000 joueurs excessifs aux 4,2 millions de joueurs uniques en ligne du bilan 2025 de l'ANJ mélange deux populations, car l'algorithme couvre aussi les jeux de la FDJ et du PMU pratiqués avec un compte.
Enquête de l'OFDT : 2,5 % des adultes, un niveau stable depuis 2019
Selon les résultats publiés le 18 décembre 2024, « plus de la moitié des Français âgés de 18 à 75 ans (51,6 %) ont joué à un jeu d'argent et de hasard » en 2023, une proportion en hausse de 4,6 points par rapport à 2019. Parmi eux, environ 5 % sont des joueurs dits « problématiques ». Rapportés à l'ensemble des 18-75 ans, 1,7 % présentent un risque modéré et 0,8 % un risque élevé, soit environ 810 000 et 360 000 adultes.
Dans sa note bilan publiée en 2025, l'OFDT parle de « près de 5 % des joueurs », soit 2,5 % des 18-75 ans. C'est ce taux, et non la somme des deux effectifs, qui résume l'enquête. Les repères pour reconnaître ces situations figurent dans la page sur les signes d'un jeu problématique.
La tendance tient en une phrase de l'OFDT : « Le pourcentage de joueurs problématiques en 2023 n'a pas changé significativement depuis 2019. » Davantage de Français jouent, sans que la part des joueurs en difficulté ait bougé. L'écart entre hommes et femmes est net : « 80,3 % des joueurs masculins ne signalent aucune difficulté contre 90,8 % des joueuses ».
L'algorithme de l'ANJ : 600 000 joueurs et 60 % du PBJ
Au second semestre 2025, l'algorithme de l'ANJ identifie « 600 000 joueurs qui ont une forte probabilité d'être excessifs, soit 8,7 % de la population totale des joueurs sur compte ». Environ 300 000 d'entre eux relèvent de la catégorie la plus grave, celle des joueurs « manifestement excessifs ».
Selon l'ANJ, « les joueurs excessifs ont généré 1,2 Md€ de PBJ, soit 60 % du PBJ total ». Le PBJ correspond à ce que les opérateurs conservent une fois les gains versés, c'est-à-dire leur chiffre d'affaires. Sur ce périmètre, plus de la moitié de ce chiffre d'affaires provient donc d'une minorité de joueurs.
L'ANJ relève aussi « une tendance à la hausse du nombre de joueurs excessifs, qui augmente plus vite que le nombre de joueurs », et une part de ces joueurs dans les revenus « en hausse constante depuis 2023 ». Ce constat ne contredit pas la stabilité mesurée par l'OFDT, qui porte sur une autre population et une autre période.
En 2019 déjà, selon une communication de l'ANJ du 9 avril 2024, 38,3 % du PBJ était attribuable aux joueurs problématiques, dont 20,7 % aux seuls joueurs excessifs. La méthode et les catégories différaient : ces valeurs ne forment pas une série avec les 60 % de 2025.
89 000 joueurs repérés sur 600 000 : l'écart à combler
Estimer le nombre de joueurs excessifs relève de l'ANJ, les repérer un par un relève des opérateurs. Selon l'Autorité, le nombre de joueurs identifiés a été « multiplié par trois entre 2024 et 2025, passant de 31 000 à 89 000 joueurs excessifs identifiés par les opérateurs ». La progression est réelle, mais les 89 000 joueurs repérés représentent moins d'un sixième des 600 000 estimés par l'ANJ, qui ne présente pas elle-même ce rapport.
L'ANJ attend des opérateurs qu'ils identifient à court terme les quelque 300 000 joueurs manifestement excessifs et qu'ils s'emploient par ailleurs à détecter l'ensemble des 600 000, avec des mesures allant des appels téléphoniques à la fermeture du compte, en passant par la mise en relation avec des associations ou des centres de soins.
Cette attente ne concerne que l'offre autorisée. Sur un site sans agrément, aucune procédure de repérage n'est contrôlée par l'ANJ.
Offre illégale : environ 3 millions de joueurs et 79 % du PBJ
L'étude menée pour l'ANJ avec PwC, publiée le 4 décembre 2023, s'appuie sur « un panel web de plus de 11 000 personnes ». L'Autorité en présente les résultats au conditionnel : « Environ 3 millions de personnes auraient consommé de l'offre illégale au moins une fois par mois en 2023. » Ce texte s'en tient à l'estimation de l'ANJ.
Le produit brut des jeux de cette offre se situerait « entre 748 M et 1,5 Mds € », soit entre 5 et 11 % du marché global. Selon la même étude, « 79 % du PBJ généré par le marché de l'offre illégale » proviendrait de joueurs ayant une pratique de jeu à risque. Le casino en ligne et les machines à sous généreraient la moitié du trafic internet de cette offre.
Pour le casino en ligne, la position de l'ANJ est claire : « tous les sites de casino en ligne sont illégaux ». Sur ces sites, rappelle l'Autorité, « il n'y a pas d'encadrement des mises ». Aucune des protections décrites plus haut n'y est garantie. Les autres dangers de ces plateformes sont détaillés avec les risques des sites de jeux non autorisés.
Que disent les chiffres des interdictions de jeux et des soins ?
Ils montrent un recours croissant à l'interdiction volontaire de jeux, sans mesurer le jeu excessif lui-même. Selon l'OFDT, le fichier des interdits de jeux est passé de 58 319 inscrits en 2023 à 73 439 en 2024, soit 25,9 % de plus. L'ANJ en recensait plus de 85 000 en novembre 2025.
La hausse se poursuit depuis plusieurs années : l'ANJ comptait 40 000 inscrits en 2021, lorsqu'elle a repris la gestion du fichier. Une inscription traduit une démarche personnelle, pas un diagnostic.
Côté soins, la note bilan de l'OFDT publiée en 2025 fait état, pour 2022 (dernière année disponible), d'environ 4 500 personnes prises en charge pour une addiction liée aux jeux d'argent dans les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), soit 1,4 % de leur public. Ce chiffre ne couvre que ces centres.
Pourquoi ces chiffres pèsent-ils dans le débat public ?
Parce que l'ampleur de l'offre illégale et le poids des joueurs excessifs comptent parmi les arguments avancés dans le débat sur une légalisation du casino en ligne. L'ANJ, elle, n'agrée toujours aucun site de casino en ligne. Il s'agit d'un débat, pas d'une réforme en cours.
Le gouvernement a pris position le 24 juin 2025, en réponse à une question écrite d'un député : « Il n'apparaît pas opportun de légaliser une activité risquant de porter atteinte à la santé publique. » Aucune proposition d'ouverture n'a été relevée dans les documents du projet de loi de finances pour 2026 consultés. Les arguments en présence sont présentés dans la page sur le débat sur la légalisation des casinos en ligne.
Les prochains chiffres à suivre, et comment les lire
Deux indicateurs diront si la situation évolue : les joueurs repérés par les opérateurs, que l'ANJ veut voir approcher 300 000 à court terme, et la prochaine enquête de population.
Face à un chiffre sur le jeu excessif en France, trois informations permettent de le situer : qui a mesuré, quelle population a été comptée et pour quelle année. Sans elles, 2,5 % des adultes et 600 000 joueurs paraissent incompatibles. Ce texte ne constitue pas un avis médical. Pour soi comme pour un proche, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé). Les règles communes à toute pratique de jeu sont rassemblées dans les principes du jeu responsable.
Questions fréquentes
Quels sont les chiffres du jeu excessif en France ?
Tout dépend de la source. Selon l'OFDT, 2,5 % des 18-75 ans avaient une pratique de jeu à risque en 2023. Selon l'ANJ, 600 000 joueurs disposant d'un compte présentaient une forte probabilité de jeu excessif au second semestre 2025. Ces chiffres ne s'additionnent pas.
Pourquoi l'OFDT et l'ANJ ne donnent-ils pas les mêmes chiffres ?
Parce qu'ils ne mesurent ni les mêmes personnes ni de la même façon. L'OFDT interroge un échantillon d'adultes de 18 à 75 ans, qui décrivent eux-mêmes leur pratique ; l'ANJ analyse le comportement enregistré des joueurs qui disposent d'un compte. Les deux chiffres sont exacts, mais ils ne s'additionnent pas et ne se comparent pas directement.
Le jeu excessif est-il en hausse en France ?
Les deux sources ne mesurent pas la même chose. Selon l'OFDT, la part des joueurs problématiques n'a pas changé significativement entre 2019 et 2023. Selon l'ANJ, le nombre de joueurs excessifs parmi les joueurs sur compte augmente plus vite que le nombre de joueurs, et leur part dans les revenus progresse depuis 2023.
Quelle part du chiffre d'affaires des jeux vient des joueurs excessifs ?
Selon l'ANJ, les joueurs excessifs ont généré 1,2 milliard d'euros de produit brut des jeux au second semestre 2025, soit 60 % du total sur le périmètre des joueurs sur compte. Ces joueurs représentent pourtant 8,7 % de cette population. L'offre illégale n'est pas comprise dans ce calcul.
Combien de personnes jouent sur des sites illégaux en France ?
Environ 3 millions de personnes en 2023, selon l'étude publiée par l'ANJ avec PwC : elles auraient consommé de l'offre illégale au moins une fois par mois. Il s'agit d'une estimation tirée d'un panel web, que l'Autorité formule au conditionnel.
Que faire si je pense jouer de façon excessive ?
Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13, un appel anonyme et non surtaxé, et propose aussi un chat. Chez un opérateur agréé, des limites de dépôt et de mise peuvent être fixées. L'interdiction volontaire de jeux auprès de l'ANJ ferme l'accès à l'ensemble du secteur autorisé.
Sources
- Joueurs Info Service (Santé publique France), page d'accueil (consulté le 30 septembre 2026)
- OFDT, La pratique des jeux d'argent et de hasard en France en 2023, 18 décembre 2024 (consulté le 30 septembre 2026)
- OFDT, Les jeux d'argent et de hasard en France en 2024, note bilan, 2025 (consulté le 30 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, L'algorithme développé par l'ANJ révèle un nombre de joueurs excessifs inquiétant et en croissance, 13 mai 2026 (consulté le 30 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, Examen des plans d'actions prévention du jeu excessif et du jeu des mineurs, 9 avril 2024 (consulté le 30 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, étude sur l'offre illégale, 4 décembre 2023 (consulté le 30 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, L'offre illégale (consulté le 29 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, Bilan 2025 du marché des jeux d'argent, 16 avril 2026 (consulté le 30 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, Interdiction volontaire de jeux : un nouveau service en ligne, 18 novembre 2025 (consulté le 30 septembre 2026)
- Assemblée nationale, question écrite n° 422, réponse du gouvernement du 24 juin 2025 (consulté le 29 septembre 2026)