L'indice canadien du jeu excessif (ICJE) situe une pratique de jeu sur les douze derniers mois à l'aide de neuf questions, pour un score compris entre 0 et 27 points. C'est sur cet indice que repose Evalujeu, le test d'addiction aux jeux d'argent de l'Autorité nationale des jeux (ANJ), gratuit et anonyme selon son site. Le résultat indique un niveau de risque, pas un diagnostic. Poser un diagnostic est l'affaire d'un professionnel de santé.
La nuance compte, car des « tests d'addiction » circulent en ligne, parfois à côté d'offres de jeu. Ce texte explique comment se construit le score de l'ICJE, ce qu'il permet de conclure et que faire du résultat, pour soi ou pour un proche.
Si le jeu vous inquiète dès maintenant, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé), ou par chat sur joueurs-info-service.fr. Le service s'adresse aussi aux proches de joueurs. Un test en ligne ne remplace pas un échange avec un professionnel.
Que mesure un test d'addiction aux jeux d'argent ?
Un test d'addiction aux jeux d'argent comme l'ICJE mesure un niveau de risque à partir des réponses de la personne elle-même. Dans un document de définition publié en 2024, l'ANJ le présente comme « un outil qui permet, dans le cadre d'une auto-évaluation, de mesurer le niveau de risque ». Il ne dit donc pas si quelqu'un souffre d'un trouble lié au jeu, mais dans quelle mesure la pratique des douze derniers mois présente des traits associés au jeu excessif.
Le diagnostic relève d'un autre registre. Le même document rappelle que le jeu pathologique est « un diagnostic relié à un trouble lié à la pratique des jeux d'argent et de hasard », et qu'il s'agit d'« un terme propre au milieu clinique et médical ». Ce diagnostic s'appuie sur les neuf critères du DSM-5, le manuel de référence des troubles mentaux, appréciés par un professionnel sur douze mois. D'où la formule « jeu excessif ou pathologique » employée par l'ANJ : la première notion se mesure, la seconde se diagnostique.
Deux limites valent pour tout questionnaire de ce type. Le score dépend entièrement de la franchise des réponses, et il ne porte que sur les douze derniers mois. Surtout, il ne remplace pas un échange avec un professionnel de santé.
Comment fonctionne l'indice canadien du jeu excessif ?
L'ICJE pose neuf questions sur les douze derniers mois, et chaque réponse vaut de 0 à 3 points. L'ANJ formule l'échelle ainsi : « 0 = Jamais ; 1 = Quelques fois ; 2 = La plupart du temps ; 3 = Presque toujours ». Selon la définition de l'OFDT, l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, l'addition des réponses donne un score « variant de 0 à 27 points », qui se lit ensuite par tranches.
| Score ICJE | Catégorie de l'indice |
|---|---|
| 0 | Joueur sans risque |
| 1 à 2 | Joueur à faible risque |
| 3 à 7 | Joueur à risque modéré |
| 8 et plus | Joueur excessif |
Ces catégories décrivent une pratique, pas une personne. Un score de 8 place les réponses dans la catégorie « joueur excessif » de l'ICJE sans constituer un diagnostic. Le questionnaire complet est plus long : selon l'ANJ, l'ICJE « se décline sous la forme d'un questionnaire de 31 items », dont neuf permettent d'évaluer le niveau de risque par un score.
Cette échelle n'a rien de nouveau : l'OFDT indique qu'elle « est utilisée en France depuis la première enquête épidémiologique » consacrée aux jeux d'argent, et c'est elle qui sert de base aux estimations de l'OFDT présentées plus bas.
Sur quoi portent les neuf questions ?
Les neuf questions de l'ICJE portent sur des comportements de jeu et sur leurs conséquences, et l'ANJ les reproduit dans son document de 2024. L'une d'elles donne le ton : « Avez-vous misé plus d'argent que vous ne pouviez vous permettre de perdre ? » D'autres demandent s'il a fallu miser davantage pour ressentir la même excitation, ou si la personne est revenue un autre jour pour récupérer l'argent perdu, ce que les joueurs appellent se refaire.
Le reste du questionnaire aborde l'argent emprunté ou les biens vendus pour jouer, le sentiment d'avoir peut-être un problème avec le jeu, les critiques de l'entourage et la culpabilité ressentie. Deux questions portent enfin sur les dommages : des problèmes de santé, y compris le stress ou l'angoisse, et des difficultés financières pour soi ou pour son entourage.
Cette liste n'est pas reproduite ici sous forme de questionnaire à cocher, et c'est volontaire. Le calcul du score a sa place dans un outil qui accompagne le résultat de conseils et de contacts d'aide. Les comportements qui doivent alerter au quotidien, indépendamment de tout score, sont décrits dans le guide consacré aux signes d'un jeu problématique.
Evalujeu : comment se déroule le test de l'ANJ ?
Evalujeu est le site d'évaluation de la pratique de jeu de l'ANJ. Sa page de test annonce un questionnaire « composé de 11 questions », qui « ne vous prendra que quelques minutes » et qui est présenté comme « gratuit et anonyme ». Selon l'ANJ, ce test est « basé sur l'ICJE » et « permet de déterminer le niveau de risque du joueur ».
Dans son annonce du 12 octobre 2022, l'Autorité indique que « des conseils personnalisés sont formulés pour aider le joueur à maintenir une pratique récréative ». Des contacts d'aide sont proposés « selon que l'on est joueur ou que l'on fait partie de l'entourage », car le test peut porter sur sa propre pratique ou sur celle d'un joueur de son entourage.
Sur la question des données, la page consacrée aux données personnelles est explicite : « Les tests sont réalisés de manière anonyme et aucune donnée personnelle n'est enregistrée via cet outil ou transmise à un tiers » Le site relève de la responsabilité de l'ANJ.
Que faire selon le résultat ?
Le résultat sert de point de départ. Les conseils d'Evalujeu visent, selon l'ANJ, à aider le joueur à maintenir une pratique récréative. Si le résultat indique un risque modéré ou un jeu excessif, il est utile d'en parler : Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) et par chat. Le site du service rappelle que l'aide est gratuite et qu'« il est conseillé de ne pas attendre d'être dans une phase de désespoir pour y avoir recours ».
Pour un accompagnement dans la durée, les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) accueillent, selon Joueurs Info Service, « de façon anonyme et gratuite », et il en existe « dans tous les départements de France ».
D'autres protections existent chez les opérateurs de jeu, mais seulement chez ceux qui sont agréés par l'ANJ. L'article 17 du décret n° 2020-494 oblige ces opérateurs à demander au joueur de fixer une limite de dépôts et une limite de mises. L'auto-exclusion, de 24 heures à 12 mois, ne vaut que chez l'opérateur qui l'enregistre. L'interdiction volontaire de jeux, demandée auprès de l'ANJ pour « trois ans minimum », va bien au-delà d'un seul opérateur. Chacun de ces dispositifs est détaillé dans la page sur les outils pour limiter son jeu et se faire aider.
Combien de joueurs sont concernés selon l'ICJE ?
Appliqué à un échantillon de la population, l'ICJE mesure aussi l'ampleur du jeu excessif. Selon l'enquête de l'OFDT portant sur l'année 2023, publiée le 18 décembre 2024, 1,7 % des 18-75 ans présentaient un risque modéré et 0,8 % un risque élevé, soit environ 810 000 et 360 000 adultes. Dans une note publiée en 2025, l'OFDT précise que, pour 2023, « près de 5 % des joueurs présentent un comportement caractéristique d'une pratique de jeu problématique », soit 2,5 % des 18-75 ans.
L'ANJ mesure autrement, et la distinction a son importance. Son algorithme analyse les comptes ouverts chez les opérateurs en ligne agréés, à la FDJ et au PMU, et repère, pour le second semestre 2025, environ 600 000 joueurs présentant une forte probabilité de jeu excessif, soit 8,7 % des joueurs disposant d'un compte. Ce n'est pas l'ICJE : l'un repose sur les réponses d'un échantillon de la population, l'autre sur l'activité enregistrée des comptes. Les deux chiffres ne s'additionnent pas. Les séries et leurs limites de méthode figurent dans la page sur les données sur le jeu excessif en France.
Et si c'est un proche qui joue ?
Evalujeu permet de faire le point sur la pratique d'un joueur de son entourage, et le site propose une rubrique de conseils à l'entourage. Répondre à la place d'un autre reste toutefois une estimation. Joueurs Info Service rappelle qu'il n'existe « pas de signe unique permettant de déceler une pratique problématique ». Le service invite plutôt à prêter attention à plusieurs changements : le temps consacré au jeu, une irritabilité inhabituelle, des engagements financiers non tenus, le jeu qui passe avant les obligations.
La ligne d'écoute et le chat s'adressent aussi aux proches de joueurs.
Questions fréquentes
Le test Evalujeu est-il anonyme ?
Oui, selon le site Evalujeu. Le test y est présenté comme gratuit et anonyme, et la page consacrée aux données personnelles précise qu'aucune donnée personnelle n'est enregistrée. L'outil est placé sous la responsabilité de l'Autorité nationale des jeux. Il peut être rempli pour évaluer sa propre pratique ou celle d'un joueur de son entourage.
Combien de questions compte l'ICJE ?
L'indice canadien du jeu excessif comporte neuf questions notées, qui portent sur les douze derniers mois et donnent un score de 0 à 27 points. Selon l'ANJ, le questionnaire complet compte 31 items, dont neuf servent à calculer le score. Le test Evalujeu, fondé sur l'ICJE selon l'ANJ, compte pour sa part 11 questions.
Un score élevé signifie-t-il une dépendance ?
Non. Un score de 8 ou plus place les réponses dans la catégorie « joueur excessif » de l'indice, qui décrit un niveau de risque. Le jeu pathologique est un diagnostic clinique, posé par un professionnel de santé à partir des critères du DSM-5. Un score élevé justifie en revanche d'en parler rapidement à un professionnel.
Les tests proposés sur d'autres sites sont-ils fiables ?
Tous ne se valent pas. En France, la référence commune aux enquêtes de l'OFDT et à l'outil de l'ANJ est l'ICJE. Un questionnaire sans barème connu, ou publié à côté d'offres de jeu, ne permet pas de savoir sur quoi repose son résultat. Evalujeu s'appuie sur l'ICJE selon l'ANJ et n'enregistre aucune donnée personnelle.
Le test remplace-t-il une consultation ?
Non. Un test d'auto-évaluation mesure un niveau de risque à partir de ses propres réponses, alors qu'une consultation permet d'examiner l'ensemble de la situation avec un professionnel. Les CSAPA accueillent de façon anonyme et gratuite, selon Joueurs Info Service, et la ligne d'écoute de ce service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé).
Après le test d'addiction aux jeux d'argent : un score, puis un échange
Deux gestes permettent de passer d'une inquiétude diffuse à un point de repère. Le premier consiste à remplir Evalujeu, l'outil de l'ANJ, sans avoir à donner son nom. Le second, si le résultat se situe dans une catégorie à risque, consiste à appeler Joueurs Info Service au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) ou à utiliser son chat. Ce texte ne constitue pas un avis médical, et aucun score ne remplace un échange avec un professionnel. Les règles qui valent pour toute pratique de jeu sont rassemblées dans les principes du jeu responsable.
Sources
- Autorité nationale des jeux, Définition des pratiques de jeu excessives ou pathologiques, 2024 : ICJE, échelle de réponse, seuils, questionnaire de 31 items, auto-évaluation et diagnostic, DSM-5 (consulté le 30 septembre 2026)
- OFDT, Indice canadien du jeu excessif (ICJE) : neuf questions sur douze mois, score de 0 à 27, catégories (consulté le 30 septembre 2026)
- Evalujeu (ANJ), Où en êtes-vous avec les jeux d'argent ? : 11 questions, gratuit et anonyme, pour soi ou pour un proche (consulté le 30 septembre 2026)
- Evalujeu (ANJ), Données personnelles : tests anonymes, aucune donnée personnelle enregistrée (consulté le 30 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, Evalujeu, le site d'évaluation de la pratique de jeu d'argent proposé par l'ANJ, fait peau neuve, 12 octobre 2022 : base ICJE, conseils personnalisés (consulté le 30 septembre 2026)
- OFDT, La pratique des jeux d'argent et de hasard en France en 2023, 18 décembre 2024 : 1,7 % et 0,8 %, 810 000 et 360 000 adultes (consulté le 29 septembre 2026)
- OFDT, Les jeux d'argent et de hasard en France en 2024, 2025 : près de 5 % des joueurs, 2,5 % des 18-75 ans (consulté le 29 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, L'algorithme développé par l'ANJ révèle un nombre de joueurs excessifs inquiétant et en croissance : 600 000 joueurs, 8,7 % (consulté le 29 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, Les outils pour garder la maîtrise du jeu : limites de dépôts et de mises, auto-exclusion de 24 heures à 12 mois (consulté le 29 septembre 2026)
- Autorité nationale des jeux, interdictiondejeux.anj.fr : interdiction volontaire de jeux, trois ans minimum (consulté le 29 septembre 2026)
- Joueurs Info Service (Santé publique France), page d'accueil : 09 74 75 13 13, appel anonyme et non surtaxé, chat (consulté le 30 septembre 2026)
- Joueurs Info Service, Qu'est-ce que le jeu problématique ? : aide gratuite, ne pas attendre une phase de désespoir (consulté le 1er octobre 2026)
- Evalujeu (ANJ), page d'accueil : conseils aux joueurs et à l'entourage (consulté le 1er octobre 2026)
- Joueurs Info Service, L'aide spécialisée : CSAPA (consulté le 29 septembre 2026)
- Joueurs Info Service, Comment savoir si un proche a un problème de jeu ? (consulté le 30 septembre 2026)