Quand un proche joue trop, la tentation est grande de tout prendre en charge : rembourser ses dettes, surveiller ses comptes, décider à sa place. Pour aider un proche joueur, Joueurs Info Service et l'Autorité nationale des jeux (ANJ) recommandent une autre approche : parler calmement de ce que vous vivez ; ne pas lui donner d'argent et protéger le vôtre ; proposer une aide sans l'imposer ; chercher aussi un appui pour vous-même.

Cet appui existe dès maintenant, et il ne s'adresse pas qu'aux joueurs :

  • Joueurs Info Service : 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé), pour les joueurs comme pour leurs proches
  • Chat et forums : rubrique « Le jeu et vos proches »
  • CSAPA, les centres spécialisés en addictologie : accueil anonyme et gratuit dans tous les départements, y compris pour l'entourage

« Lorsque vous constatez qu'un proche est victime d'addiction aux jeux d'argent, réagissez immédiatement avant que les conséquences s'aggravent », recommande l'ANJ dans sa foire aux questions. Le cadre général figure dans le guide sur l'addiction aux jeux d'argent ; cette page se concentre sur le rôle des proches.

Repérer un problème de jeu chez un proche

Pour l'entourage, Joueurs Info Service ne propose pas une liste de symptômes à cocher, mais des questions à se poser en observant la personne qui joue. La première porte sur le temps : « Y consacre-t-il, selon vous, beaucoup de temps ? » La deuxième concerne l'humeur, avec une éventuelle « tendance à l'irritabilité ». La troisième touche à l'argent, lorsque des obligations financières ne sont plus remplies ou que le compte se retrouve souvent à découvert. La dernière interroge le sens du jeu : un passe-temps, ou « un moyen de s'enrichir » ?

Aucune de ces questions ne suffit à conclure, et les réponses ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé. Elles aident à décrire ce que vous observez avant d'en parler. L'ANJ oriente aussi l'entourage vers Evalujeu, son outil d'évaluation de la pratique de jeu. Les signaux plus détaillés sont décrits dans le guide consacré aux signes d'un jeu problématique.

Ce qui dépend de vous, ce qui ne dépend que de lui

Le point le plus difficile à accepter pour l'entourage, Joueurs Info Service le formule clairement : obliger un joueur à se soigner, « ça n'est cependant pas possible », et les tentatives de le faire changer « par la contrainte, la surveillance, le chantage ou d'autres moyens sont vouées à l'échec ».

Les outils de protection du joueur obéissent à la même logique. Selon l'ANJ, l'interdiction volontaire de jeux « est une démarche strictement personnelle » qui « ne peut être effectuée que par la personne concernée sauf si vous justifiez être son tuteur », c'est-à-dire la personne désignée par un juge pour la représenter. L'Autorité rappelle dans la même foire aux questions que le fait d'usurper l'identité d'un tiers est un délit puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Le détail figure dans la page comment fonctionne l'interdiction volontaire de jeux. Il en va de même pour l'auto-exclusion et les limites de jeu, que le joueur met en place lui-même dans son compte joueur, chez chaque opérateur agréé.

La part de l'entourage, bien réelle, se situe ailleurs.

Ce qui dépend de vousCe qui ne dépend que de lui
Choisir le moment et les mots pour en parlerReconnaître que le jeu pose problème
Refuser de donner ou de prêter de l'argentDécider d'arrêter ou de réduire le jeu
Séparer les comptes, contacter votre banqueDemander une interdiction volontaire de jeux
Appeler Joueurs Info Service, consulter un CSAPAEntamer des soins
Fixer vos propres limitesFixer des limites de jeu ou s'auto-exclure

Cette répartition n'a rien d'un renoncement. Elle concentre l'énergie là où elle peut changer quelque chose.

Parler à un proche qui joue : le moment, les mots

Joueurs Info Service insiste sur le cadre de la conversation : « il est important que chacun soit disponible et se sente suffisamment en sécurité pour entamer un échange ». Un soir de dispute, ou juste après avoir constaté un découvert, ces conditions sont rarement réunies.

Sur la forme, le service recommande de partir de soi : « Attachez-vous à dire “je”, à parler de vous et de ce que vous vivez. » Exprimer son inquiétude, sa fatigue ou la difficulté à boucler le budget du mois ne revient pas à dresser la liste de ses erreurs. Le service déconseille d'ailleurs « tout jugement moral » et invite à respecter son rythme, sans brusquer les choses.

Écouter compte autant que parler. Joueurs Info Service propose d'écouter votre proche « attentivement pour essayer de le comprendre », et de lui demander « ce qu'il éprouve en jouant, ce que lui apporte le jeu ». Ces questions déplacent la conversation des sommes perdues vers ce que le jeu représente pour lui.

Une première conversation peut tourner court. Dans ce cas, la consigne du service est simple : « N'insistez pas, laissez passer un peu de temps avant de faire une nouvelle tentative. » Il est aussi possible d'en parler d'abord à Joueurs Info Service, au 09 74 75 13 13 ou par chat.

Protéger ses finances sans financer le jeu

La question de l'argent arrive vite, et la réponse de Joueurs Info Service est nette : « le fait de lui donner ou de lui prêter de l'argent n'est pas une aide ». Le service juge donc « souhaitable » de refuser.

Dans un couple, la page « Protéger ses finances » conseille de veiller à ce que « chacun dans le couple ait son autonomie financière », par exemple par « une séparation des comptes en banque » et par une répartition équitable des dépenses courantes. Elle évoque aussi, selon la situation, une « révision de votre contrat de mariage vers la séparation de biens ». Côté banque, elle propose de demander ce qu'il est possible de mettre en place : « un plafond des dépenses, une annulation des prélèvements automatiques que vous avez autorisés au profit des sites de jeux en ligne, une clôture de compte ».

Reste la question des dettes. Aux personnes mariées ou liées par un PACS, Joueurs Info Service indique : « vous n'êtes pas solidaire des dettes engendrées pour le jeu ». Cette information ne constitue pas un conseil juridique ; un travailleur social peut aider à faire le point sur une situation précise. Entre époux, lorsque l'un manque gravement à ses devoirs et met en péril les intérêts de la famille, notamment par des dépenses « manifestement excessives », service-public.gouv.fr décrit la possibilité de saisir le juge aux affaires familiales : il peut interdire à l'autre époux de faire, sans le consentement de son conjoint, des actes de disposition sur ses biens ou sur les biens communs, pour une durée de trois ans au plus.

Si les dettes du foyer deviennent impossibles à rembourser, Joueurs Info Service rappelle que vous pouvez « constituer un dossier de surendettement ». Selon la Banque de France, « la procédure de surendettement est gratuite » ; le dossier se dépose en ligne, par courrier ou au guichet, avec l'aide possible d'un travailleur social ou d'un Point conseil budget (PCB).

Et si votre carte bancaire a servi à jouer ?

Dans sa foire aux questions, l'ANJ décrit deux démarches : « Tout d'abord, prévenez votre banque afin qu'elle prenne les mesures nécessaires et notamment bloquer de futurs prélèvements. » Il s'agit ensuite d'informer l'opérateur concerné que votre moyen de paiement a été utilisé à votre insu. Selon l'ANJ, un opérateur agréé « a l'obligation de prendre toutes les mesures nécessaires afin de lutter contre l'addiction aux jeux » et « pourrait, par exemple, bloquer voire clôturer le compte de votre proche ».

Pour les opérations déjà passées, mieux vaut demander à la banque quelles démarches sont possibles ; un remboursement n'est pas garanti. Conserver les relevés de compte permet de garder la trace des paiements concernés.

Cette démarche suppose un opérateur agréé par l'ANJ, ce qui n'existe en ligne que pour les paris sportifs, les paris hippiques et le poker ; aucun site de casino en ligne ne dispose d'un agrément en France. Face à un opérateur illégal, l'ANJ et le médiateur des jeux ne sont pas compétents ; selon l'Autorité, les joueurs ne disposent d'« aucune protection légale » ni de recours en justice contre l'éditeur du site en cas de litige.

Comment l'aider à se faire aider, puis à tenir dans la durée ?

Proposer une aide ne veut pas dire l'organiser à sa place. Joueurs Info Service parle d'« essayer de l'aider à envisager une aide », de respecter ses choix et de « valoriser les démarches qu'il décide d'entreprendre ». Il s'agit de lui indiquer les ressources existantes, puis de le laisser choisir :

  • Joueurs Info Service, par téléphone ou par chat
  • les CSAPA, qui « accueillent de façon anonyme et gratuite et sont présents dans tous les départements de France »
  • les groupes d'entraide entre joueurs, comme Gamblers Anonymes (GA)
  • l'association SOS Joueurs, que l'ANJ cite parmi les contacts utiles, au 09 69 39 55 12

Lorsque le jeu s'arrête, le soutien change de nature. Joueurs Info Service suggère de souligner « tout le chemin parcouru » et d'aider votre proche à retrouver des activités, pour combler ce que le service appelle « la sensation de vide ». Une reprise du jeu reste possible. Le service recommande alors de dédramatiser et voit dans une rechute l'occasion de « tirer des enseignements ».

Quand il refuse toute aide, et quand vous n'en pouvez plus

Il arrive que le joueur refuse toute discussion. Joueurs Info Service propose alors une piste en apparence paradoxale : « La meilleure façon de prendre du recul est de vous “mettre en retrait” », c'est-à-dire de cesser de chercher à résoudre le problème à sa place. Le service ajoute : « Vous avez tout à fait le droit de revendiquer certaines limites à ne pas dépasser. » Fixer ces limites, selon lui, permet aussi de « signifier au joueur que vous n'êtes pas prêt à tout accepter ».

Prendre soin de soi n'a rien d'égoïste. Joueurs Info Service l'écrit en toutes lettres : c'est « rendre possible le fait que vous soyez à ses côtés, solide et disponible ». Quand l'épuisement s'installe, le service le dit sans détour : « C'est votre droit de ne plus supporter tout cela, comme c'est aussi votre droit de vous protéger et de vous mettre en retrait. »

Si des idées suicidaires apparaissent, chez vous ou chez votre proche, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 h/24 et 7 j/7, gratuitement, y compris aux personnes inquiètes pour quelqu'un.

Se faire aider soi-même : écoute, CSAPA, groupes de parole

La ligne de Joueurs Info Service et son chat sont ouverts aux proches, et le service précise qu'il est possible de joindre ses équipes « anonymement, en toute confidentialité ». Selon sa page d'aide à l'entourage, les CSAPA « peuvent également accompagner les proches dans leurs démarches ». Certaines associations et certains CSAPA disposent aussi de « groupes de parole pour l'entourage », et le site de Joueurs Info Service héberge des forums.

D'autres appuis existent selon la situation : une thérapie familiale, si les membres de la famille l'acceptent, le médecin généraliste, ou un travailleur social lorsque les difficultés financières s'accumulent. SOS Joueurs s'adresse aussi à l'entourage : « Une personne de votre entourage semble être dépendante au jeu ? Nous pouvons vous conseiller. »

Questions fréquentes

Dois-je rembourser les dettes de jeu de mon conjoint ?

Aux personnes mariées ou pacsées, Joueurs Info Service indique : « vous n'êtes pas solidaire des dettes engendrées pour le jeu ». Cette information ne constitue pas un conseil juridique : chaque situation est particulière, et un travailleur social peut aider à faire le point. Entre époux, en cas de manquement grave mettant en péril les intérêts de la famille (par exemple des dépenses manifestement excessives), service-public.gouv.fr décrit un recours devant le juge aux affaires familiales.

Faut-il prêter de l'argent à un proche qui joue ?

Non. Pour Joueurs Info Service, donner ou prêter de l'argent à un proche qui joue trop « n'est pas une aide ». Le service conseille plutôt de séparer les comptes du couple et de demander à la banque un plafond de dépenses.

Joueurs Info Service répond-il aussi à l'entourage ?

Oui. Le 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) et le chat s'adressent aux joueurs comme à leurs proches. Le site consacre aussi une rubrique entière à l'entourage, « Le jeu et vos proches » : aborder le problème, protéger ses finances, trouver du soutien.

Que faire si mon proche a utilisé ma carte bancaire pour jouer ?

L'ANJ recommande de prévenir d'abord votre banque pour bloquer les prélèvements futurs, puis d'informer l'opérateur que votre moyen de paiement a été utilisé à votre insu. Un opérateur agréé est tenu de prendre des mesures contre l'addiction et pourrait, par exemple, bloquer le compte de votre proche. Un site non agréé n'offre pas cette garantie.

Comment aider un proche joueur qui refuse de se soigner ?

Pas en le forçant. Joueurs Info Service l'écrit clairement : la contrainte, la surveillance ou le chantage sont voués à l'échec. L'entourage peut en revanche parler de sa propre inquiétude, présenter les aides disponibles et valoriser chaque démarche que le joueur décide d'entreprendre lui-même.

Où trouver un groupe de parole pour les proches de joueurs ?

Selon Joueurs Info Service, certaines associations et certains CSAPA proposent des groupes de parole pour l'entourage. Le plus simple est de poser la question au CSAPA le plus proche ou à Joueurs Info Service, dont le site héberge aussi des forums où les proches de joueurs peuvent échanger.

Mon proche a rechuté : que faire ?

Joueurs Info Service conseille de dédramatiser : une reprise du jeu peut devenir l'occasion d'en tirer des enseignements, notamment en aidant votre proche à comprendre ce qui l'a poussé à rejouer. Le service reste joignable, y compris pour l'entourage.

Aider un proche joueur sans s'oublier

Aider un proche joueur ne consiste pas à tout porter. L'essentiel tient en quelques gestes : en parler au bon moment, fermer la porte aux prêts, prévenir la banque si votre carte a servi, proposer une aide et respecter sa décision. Le reste appartient au joueur, à commencer par l'interdiction volontaire de jeux. Pour vous comme pour lui, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) et par chat. Les règles communes à toute pratique figurent dans les principes du jeu responsable.

Sources