13,7 % : c'est la part qu'un casino terrestre retient sur un gain de 1 500 euros ou plus lorsqu'il le règle au joueur par bon de paiement manuel. Et pourtant, à la question de savoir si les gains de casino sont imposables, la réponse est non tant que le jeu relève du pur hasard, car la doctrine administrative ne considère pas ces gains comme un revenu.
La règle connaît deux limites, qui ne se confondent pas. La pratique habituelle du poker ou du bridge, lorsque le joueur maîtrise l'aléa et en tire des revenus significatifs, relève des bénéfices non commerciaux (BNC). Le prélèvement de 13,7 %, lui, n'est pas un impôt sur le revenu mais une contribution sociale, retenue par le casino au moment du paiement. Les sections suivantes reprennent ces trois situations, texte officiel à l'appui.
Les gains aux jeux d'argent sont-ils imposables en France ?
Non, dès lors que le jeu relève du pur hasard. Selon la doctrine de l'administration fiscale, les gains tirés de jeux sur lesquels le joueur n'a aucune maîtrise de l'aléa ne constituent pas un revenu imposable. Ils n'ont pas à figurer dans la déclaration de revenus et ne donnent lieu à aucune imposition au nom du joueur, quel que soit le montant gagné.
Cette règle figure dans le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP), où l'administration publie sa lecture des textes. Le paragraphe 400 de la fiche BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40 est rédigé ainsi : « La pratique de jeux de pur hasard (loterie, tombolas ou jeux divers) sur lesquels le joueur n'a aucune maîtrise de l'aléa pesant sur ses perspectives de gains ne constitue pas une occupation lucrative ou une source de profit devant donner lieu à imposition au nom des personnes participant à ces jeux. » Le critère n'est donc pas le montant du gain, mais la place laissée au hasard. Un gros lot reste un gain de hasard.
Le gouvernement tenait déjà ce raisonnement dans sa réponse du 6 octobre 2009 à une question écrite de l'Assemblée nationale : « Les gains de jeu de hasard ne constituent donc pas un revenu imposable au sens de l'article précité. »
Les paris hippiques suivent la même logique, avec une précision qui intéresse les parieurs assidus. Dans une seconde fiche, qui se réfère à l'article 92 du code général des impôts (CGI), le BOFiP indique au paragraphe 50 : « Sauf circonstances exceptionnelles, la pratique, même habituelle, de paris sur les courses de chevaux ne constitue pas une occupation lucrative ou une source de revenus au sens de l'article 92 du CGI. » Parier chaque semaine ne suffit donc pas, en soi, à rendre les gains imposables.
Les paris sportifs, eux, ne sont pas cités expressément par la doctrine publiée. Faute de texte qui les vise, les seuls repères disponibles restent les critères généraux rappelés ici : la part du hasard, le caractère habituel de la pratique et la maîtrise de l'aléa par le joueur.
Dire que le jeu de hasard n'est pas une source de profit a aussi une portée qui dépasse la fiscalité. Si le jeu est devenu une manière d'espérer gagner de l'argent ou de se refaire après des pertes, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé).
Poker et bridge : quand les gains deviennent des revenus
La doctrine prévoit une exception pour les jeux où le savoir-faire pèse face à des adversaires. Le paragraphe 401 de la fiche déjà citée précise : « Toutefois, constitue une occupation lucrative ou une source de profit la pratique habituelle d'un jeu d'argent opposant un joueur à des adversaires lorsqu'elle permet à ce dernier de maîtriser de façon significative l'aléa inhérent à ce jeu, par les qualités et le savoir faire qu'il développe, et lui procure des revenus significatifs. »
La fiche BOI-BNC-CHAMP-10-30-40 nomme ensuite les jeux concernés. Son paragraphe 20 précise : « Les profits issus de la pratique habituelle du bridge ou du poker entrent dans la catégorie des bénéfices non commerciaux dès lors que le joueur, par les qualités et le savoir-faire qu'il développe, maîtrise l'aléa pesant sur les perspectives de gains et en retire des revenus significatifs. » Le BOFiP s'appuie sur une décision du Conseil d'État du 21 juin 2018 (n° 412124). La lecture combinée de ces deux paragraphes conduit à trois conditions, qui doivent être réunies en même temps :
- une pratique habituelle du jeu, et non quelques parties occasionnelles ;
- une maîtrise significative de l'aléa, due aux qualités et au savoir-faire du joueur ;
- des revenus significatifs tirés de cette pratique.
Aucune de ces conditions ne suffit seule. Un joueur qui passe ses soirées à des tables de poker sans en tirer de revenus significatifs ne correspond pas, à la lettre du texte, au profil décrit. Quant au seuil des « revenus significatifs », il n'est chiffré nulle part dans la doctrine publiée. Aucun montant ne permet de savoir à l'avance à partir de quel moment un joueur change de catégorie.
Le fait de jouer en ligne ne modifie pas l'analyse. Dans une réponse ministérielle du 15 novembre 2011, cette position visait déjà « la pratique habituelle du jeu de poker, y compris en ligne », avant d'être reprise dans le BOFiP. En France, le poker en ligne, en tournoi comme en « cash game », est proposé par des opérateurs titulaires d'un agrément de l'Autorité nationale des jeux (ANJ), comme le détaille la page sur les jeux d'argent autorisés en ligne en France.
Lorsque ces conditions sont remplies, les profits se déclarent comme des bénéfices non commerciaux. Les modalités de déclaration et de calcul dépassent le cadre de cette page, et ce texte ne constitue pas un conseil juridique : un joueur qui se reconnaît dans ce profil a intérêt à contacter le service fiscal dont il dépend.
Quand le hasard ne joue plus
La seconde fiche envisage enfin un cas plus rare, qui vise le parieur plutôt que le joueur de cartes. Son paragraphe 60 prévoit : « Sont toutefois imposables au titre de la catégorie des bénéfices non commerciaux, les gains réalisés dans un contexte exceptionnel, c'est-à-dire lorsque l'aléa normalement inhérent aux jeux de hasard peut être supprimé ou à tout le moins fortement atténué par le parieur. » Le texte ne donne aucun exemple. Sa logique est pourtant claire : là où le hasard disparaît, l'argument qui écarte l'imposition disparaît avec lui.
Pourquoi un casino prélève-t-il 13,7 % sur certains gains ?
Parce que la loi institue une contribution sur certains gains réglés dans les casinos terrestres : 13,7 % sur tout gain d'au moins 1 500 euros payé au joueur par bon de paiement manuel. Le casino retient la somme au moment du paiement. Le joueur n'a ensuite aucune démarche à accomplir pour ce prélèvement.
Le texte applicable est l'article L. 136-7-1 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2025, issue de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025. Au III, le texte pose le principe : « Il est institué une contribution sur le produit brut de certains jeux réalisé dans les casinos régis par la loi du 15 juin 1907 relative aux casinos. » Il fixe ensuite, parmi les taux, celui qui concerne directement les joueurs : « 13,7 % prélevés sur tous les gains d'un montant supérieur ou égal à 1 500 euros, réglés aux joueurs par des bons de paiement manuels définis à l'article 69-20 de l'arrêté du 23 décembre 1959 portant réglementation des jeux dans les casinos ».
Cette rédaction trace des limites nettes. Le texte vise les casinos régis par la loi de 1907, c'est-à-dire les casinos terrestres, et seulement les gains d'au moins 1 500 euros réglés par bon de paiement manuel ; un gain inférieur, ou payé par une autre voie, n'entre pas dans le champ de cette disposition. Dans sa réponse du 31 juillet 2018 à une question écrite, le gouvernement décrit ce prélèvement comme opéré par le casino lui-même sur les gains de machines à sous payés manuellement.
Sur un gain de 2 000 euros réglé par bon de paiement manuel, la contribution de 13,7 % représente 274 euros. D'autres taux circulent sur internet. Seul fait foi celui du texte en vigueur, consultable sur Légifrance.
Reste la nature de ce prélèvement. Il relève du code de la sécurité sociale et se rattache à la contribution sociale généralisée (CSG), et non à l'impôt sur le revenu.
Qui paie les prélèvements sur les jeux d'argent ?
Ce sont d'abord les opérateurs. Les prélèvements publics sur les jeux sont calculés sur les mises ou sur le produit brut des jeux (PBJ), et ce sont les entreprises de jeux qui les acquittent, pas les joueurs. La contribution de 13,7 % sur les gains réglés par bon de paiement manuel en casino fait figure d'exception.
Le même article L. 136-7-1 du code de la sécurité sociale en donne deux illustrations. Pour les jeux de loterie, vendus en point de vente comme en ligne, l'assiette retenue est « le produit brut des jeux, constitué par la différence entre les sommes misées par les joueurs et les sommes versées ou à reverser aux gagnants ». Pour les casinos terrestres, la contribution due par l'établissement est « de 11,9 % sur une fraction égale à 68 % du produit brut des jeux automatiques ». Dans les deux cas, la base de calcul est l'argent conservé par l'exploitant, et non le gain du joueur.
Cette construction éclaire la règle exposée plus haut. L'État prélève sa part sur l'activité des opérateurs, tandis que le gain de hasard n'est pas traité comme un revenu du joueur, à l'exception de la retenue opérée par les casinos sur les bons de paiement manuels.
Et les gains obtenus sur un site non agréé par l'ANJ ?
La doctrine administrative publiée ne traite pas ce cas à part : elle raisonne sur la nature du jeu et sur la pratique du joueur, pas sur l'identité de l'opérateur. Aucun des textes consultés ne prévoit de règle propre aux sites étrangers ou non agréés. Pour le joueur, la difficulté principale se situe ailleurs, au moment où il demande à être payé.
Cette question se pose pour tous les casinos en ligne, puisqu'aucun n'est autorisé en France. Selon l'ANJ, « tous les sites de casino en ligne sont illégaux : la licence internationale de casino en ligne n'a aucune valeur légale reconnue ». Une licence étrangère n'y change rien, et ce que change l'agrément de l'ANJ par rapport à une licence étrangère fait l'objet d'une page dédiée.
Les risques décrits par l'Autorité portent d'abord sur l'argent. « Les gains sont rarement payés », relève l'ANJ sur sa page consacrée à l'offre illégale. En cas de désaccord, la protection fait aussi défaut : « En cas de litige, vous n'avez aucun recours. Vous ne pouvez donc pas bénéficier de la protection de la loi française, du recours au médiateur des jeux et de l'assistance de l'ANJ », indique sa foire aux questions.
Avant la question fiscale vient donc celle du paiement, et la page que faire si un site ne paie pas vos gains présente les interlocuteurs possibles selon le type de site. Pour savoir à quel type d'opérateur vous avez affaire, le plus simple reste de chercher son nom dans la liste des opérateurs agréés publiée par l'ANJ, puis de vérifier si un site figure sur la liste de l'ANJ des sites bloqués. Pour une vue d'ensemble, voir les risques des sites de jeux non agréés.
Comment savoir ce qui s'applique à un gain
Face à un gain, deux questions permettent le plus souvent de s'y retrouver. La première porte sur le jeu : s'agit-il d'un jeu de pur hasard, ou de la pratique habituelle du poker ou du bridge, avec une maîtrise de l'aléa et des revenus significatifs ? Dans le premier cas, les gains ne sont pas imposables ; dans le second, ils relèvent des bénéfices non commerciaux. La seconde porte sur le lieu et le mode de paiement : un gain d'au moins 1 500 euros réglé par bon de paiement manuel dans un casino terrestre est soumis à une CSG de 13,7 %, retenue avant le versement. Les règles décrites ici sont celles des textes en vigueur au 29 septembre 2026.
Questions fréquentes
Faut-il déclarer un gain au loto ou au casino aux impôts ?
Non, s'il s'agit d'un jeu de pur hasard. Selon le BOFiP, ces jeux ne constituent pas une source de profit imposable au nom du joueur, quel que soit le montant gagné. Un gain au loto ou aux machines à sous n'a donc pas à figurer dans la déclaration de revenus.
Les gains au poker en ligne sont-ils imposables ?
Seulement dans un cas précis. Les profits tirés de la pratique habituelle du poker sont imposables en bénéfices non commerciaux lorsque le joueur maîtrise l'aléa grâce à son savoir-faire et en retire des revenus significatifs. Jouer en ligne ne change pas l'analyse, selon une réponse ministérielle de 2011.
À partir de quel montant un gain de casino est-il soumis à la CSG ?
À partir de 1 500 euros, et seulement pour les gains réglés par bon de paiement manuel dans un casino terrestre. Le taux est de 13,7 % selon l'article L. 136-7-1 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2025. Le casino retient la contribution lors du paiement.
Les gains de paris hippiques sont-ils imposables lorsque les paris sont réguliers ?
En principe, non. Le BOFiP indique que la pratique, même habituelle, de paris sur les courses de chevaux ne constitue pas une source de revenus imposable, sauf circonstances exceptionnelles. Ces circonstances correspondent aux situations où le parieur peut supprimer ou fortement atténuer l'aléa propre au jeu.
Les gains de paris sportifs sont-ils imposables ?
La doctrine administrative publiée ne cite pas expressément les paris sportifs. Les seuls repères disponibles sont les critères généraux : la part du hasard, le caractère habituel de la pratique et la maîtrise de l'aléa par le joueur. Pour une situation personnelle, l'administration fiscale reste l'interlocuteur à consulter.
Un gain obtenu sur un site de casino étranger est-il imposable ?
Les textes fiscaux consultés ne prévoient pas de règle propre aux sites étrangers ou non agréés ; ils raisonnent sur la nature du jeu et la pratique du joueur. Le risque principal est ailleurs : selon l'ANJ, sur ces sites, les gains sont rarement payés et le joueur n'a aucun recours en cas de litige.
Sources
Textes et pages consultés le 29 septembre 2026.
- Assemblée nationale, question écrite n° 49561, réponse publiée le 6 octobre 2009 : gains de jeu de hasard et revenu imposable.
- Assemblée nationale, question écrite n° 110952, réponse publiée le 15 novembre 2011 : poker pratiqué de façon habituelle, y compris en ligne.
- Assemblée nationale, question écrite n° 7066, réponse publiée le 31 juillet 2018 : prélèvement sur les gains réglés manuellement en casino.
- Autorité nationale des jeux, L'offre illégale : casinos en ligne non autorisés, gains rarement payés.
- Autorité nationale des jeux, foire aux questions sur les sites illégaux : absence de recours en cas de litige.
- Joueurs Info Service, site officiel : 09 74 75 13 13, appel anonyme et non surtaxé.
- Légifrance, article L. 136-7-1 du code de la sécurité sociale, version en vigueur depuis le 1er juillet 2025 : 13,7 % sur les gains de casino d'au moins 1 500 euros réglés par bon de paiement manuel ; 11,9 % sur 68 % du produit brut des jeux automatiques.
- BOFiP, BOI-BNC-CHAMP-10-30-40 du 28 juin 2023, § 20, § 50 et § 60 : poker et bridge en bénéfices non commerciaux (Conseil d'État, 21 juin 2018, n° 412124), paris hippiques, circonstances exceptionnelles.
- BOFiP, BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40 du 28 juin 2023, § 400 et § 401 : les gains de jeux de pur hasard ne sont pas imposables ; exception de la pratique habituelle avec maîtrise de l'aléa.