En 2025, l'Autorité nationale des jeux (ANJ) a fait bloquer 1 290 adresses de sites de jeux d'argent. Ces adresses rejoignent la liste noire de l'ANJ, que l'on prend parfois à tort pour un inventaire complet des sites interdits, alors que l'Autorité la décrit elle-même comme « non-exhaustive ». La liste noire indique seulement les sites dont l'ANJ a ordonné le blocage. Pour savoir si un site est autorisé, le document qui fait foi est l'autre liste publiée par l'ANJ, celle des opérateurs agréés : un site n'est en règle que si son adresse exacte y figure.

Aucun casino en ligne ne peut apparaître sur cette seconde liste, puisque l'ANJ n'en autorise aucun. Ce texte explique comment lire les deux listes, dans quel ordre les consulter et ce que le résultat change en cas de litige.

Liste noire et liste des opérateurs agréés : ce que l'ANJ vérifie vraiment

Ce qu'un site affiche sur lui-même, qu'il s'agisse d'un logo, d'une mention « licence » en bas de page ou du mot « légal » dans un titre, ne prouve rien. L'ANJ tient deux registres, qui répondent à deux questions différentes. La liste des opérateurs agréés dit à qui l'Autorité a délivré un agrément. La liste noire dit quels sites elle a fait bloquer. Le reste relève de la présentation que le site donne de lui-même.

Les deux listes n'ont pas le même poids. Sur sa page consacrée à la liste noire, l'ANJ précise que la liste « étant non-exhaustive, elle fera l'objet d'ajouts réguliers de nouvelles URLs », et sa foire aux questions recommande, « par précaution, avant de jouer de l'argent sur un site de jeux », de consulter d'abord la liste des opérateurs légalement autorisés (FAQ de l'ANJ, consultée le 29 septembre 2026). La consultation de la liste des opérateurs agréés passe donc avant celle de la liste noire.

En ligne, l'agrément couvre les paris sportifs, les paris hippiques et le poker ; les loteries sont proposées par la Française des jeux (FDJ). Pour les casinos, l'ANJ est catégorique : « tous les sites de casino en ligne sont illégaux : la licence internationale de casino en ligne n'a aucune valeur légale reconnue ». Une licence délivrée à l'étranger ne remplace donc pas un agrément de l'ANJ, et un site qui s'en prévaut n'offre pas pour autant les garanties réservées aux clients des opérateurs agréés. La distinction est détaillée dans la page agrément de l'ANJ et licences étrangères ; le cadre général, dans ce que la loi autorise et interdit en France, et la liste des activités, dans les jeux d'argent autorisés en ligne.

Le blocage lui-même est une procédure administrative depuis la loi du 2 mars 2022. Selon l'ANJ, sa présidente peut ordonner aux fournisseurs d'accès à internet (FAI) de bloquer un site et aux moteurs de recherche de le déréférencer, c'est-à-dire de le retirer de leurs résultats, après une mise en demeure de l'opérateur et de son hébergeur restée sans effet pendant cinq jours (ANJ, Lutter contre l'offre illégale). La procédure dure environ deux mois, contre six à neuf mois lorsque le blocage passait par un juge, entre 2010 et 2022. Elle vise les sites qui proposent des jeux illégaux, mais aussi ceux qui en font la publicité.

Vérifier un site de jeux en six étapes

Les six étapes ci-dessous partent de l'ordre que recommande l'ANJ : d'abord la preuve qu'un site est autorisé, ensuite la trace d'un éventuel blocage. Elles ne demandent ni compte joueur, ni inscription, ni logiciel particulier. Cette vérification prend quelques minutes et gagne à être faite avant tout dépôt d'argent.

Étape 1 : relevez l'adresse exacte et le nom de l'opérateur

Notez l'adresse telle qu'elle apparaît dans la barre du navigateur, extension comprise, puis cherchez le nom de la société qui exploite le site. Il figure en général dans les mentions légales ou dans les conditions générales, souvent accessibles par un lien en bas de page ; sur téléphone, il faut parfois dérouler le menu jusqu'au bout pour les trouver. Les deux informations servent ensuite, car la liste des opérateurs agréés indique la société et l'adresse de chacun de ses sites, tandis que la liste noire indique un nom de site et une URL.

Étape 2 : cherchez le site dans la liste des opérateurs agréés

La liste se trouve sur la page Opérateurs agréés du site de l'ANJ. Pour chaque opérateur, elle donne le nom de la société, l'adresse de ses sites et le type d'agrément : paris sportifs, paris hippiques ou jeux de cercle, l'expression désignant le poker. C'est l'adresse qu'il faut comparer, pas seulement la marque, car un nom connu peut être repris sur un site sans lien avec l'opérateur agréé. Selon l'ANJ, si le site recherché n'y figure pas, il s'agit d'un site non autorisé.

Au 29 septembre 2026, tous les sites de cette liste utilisent une adresse en .fr, mais l'extension ne prouve rien à elle seule : la liste noire de l'ANJ comporte elle-même des adresses en .fr. Certains indices permettent d'écarter un site avant même la recherche. Un site qui propose de la roulette, du blackjack ou des machines à sous ne peut pas être agréé. Et selon l'ANJ, « lorsque le site propose des paris sur le eSport vous êtes certain d'être sur un site illégal ».

L'ANJ suggère aussi trois questions simples. Le site figure-t-il sur la liste des opérateurs agréés ? Vous a-t-il demandé vos coordonnées bancaires dès l'inscription, alors qu'il se présentait comme gratuit ? A-t-il vérifié que vous aviez 18 ans ? Une seule réponse inquiétante suffit à justifier la prudence.

Étape 3 : consultez la liste noire et son fichier CSV

La liste noire des sites de jeux d'argent et de hasard interdits en France est publiée par l'ANJ sous la forme d'une page et d'un fichier CSV en données ouvertes. Le fichier compte trois colonnes : SITE, URL et DATE DE LA DECISION. Il s'ouvre dans un tableur, où une recherche (Ctrl+F ou Cmd+F) suffit.

Un même site y apparaît souvent sous de nombreuses adresses, avec ou sans « www », avec d'autres extensions ou de légères variantes du nom. Cherchez donc à la fois le nom du site et la partie centrale de son adresse. La date indique le jour où l'ANJ a ordonné le blocage, pas la date de création du site ni le fait qu'il soit toujours en ligne. Et l'absence d'une adresse dans le fichier ne vaut pas autorisation, comme l'explique la section « Pourquoi la liste noire ne suffit-elle pas ? ».

Étape 4 : ne prenez pas le logo « opérateur agréé » pour une preuve

Le logo « opérateur agréé » est un logo officiel de l'ANJ, mais sa présence sur une page ne démontre rien. L'Autorité est explicite : si ce logo figure sur un site absent de la liste des opérateurs agréés, « cela constituerait une utilisation frauduleuse de celui-ci, uniquement faite dans le but de tromper le joueur ». Un logo peut être copié ; l'inscription sur la liste, non. Sur un site qui ne figure pas sur la liste, le logo est donc moins une garantie qu'un signal d'alerte.

Étape 5 : reconnaissez la page d'information affichée à la place d'un site bloqué

Lorsqu'un site a été bloqué, un internaute qui passe par un fournisseur d'accès français ne voit plus le site lui-même mais une page d'information de l'ANJ. Elle indique que « l'accès à ce site que vous tentez de consulter est bloqué en exécution d'une décision » de l'Autorité, rappelle que les jeux de casino en ligne sont interdits en France et renvoie vers le test Evalujeu et vers Joueurs Info Service. Il ne s'agit ni d'une panne ni d'une erreur du navigateur.

Chercher une autre adresse du même site ne change rien à sa situation : il reste non autorisé. Les copies d'un site déjà bloqué, appelées « sites miroirs », expliquent d'ailleurs pourquoi l'ANJ bloque sans cesse de nouvelles URL. Le mécanisme est décrit dans l'article pourquoi un site bloqué réapparaît sous une autre adresse.

Étape 6 : signalez le site à l'ANJ

Un site qui ne figure pas sur la liste des opérateurs agréés peut être signalé à l'ANJ par le formulaire de contact joueur, en choisissant le sujet « Signaler une offre de jeu illégale (casino en ligne, site non agréé...) ». Nom, prénom, e-mail et message sont obligatoires ; l'adresse exacte relevée à l'étape 1 est l'information la plus utile. Selon l'ANJ, un signalement « permettra à l'ANJ d'ouvrir une enquête et, le cas échéant, de réaliser un blocage administratif ». Il n'entraîne donc pas automatiquement le blocage du site.

Pourquoi la liste noire ne suffit-elle pas ?

Parce qu'elle ne recense que les sites dont l'ANJ a déjà ordonné le blocage. Selon sa foire aux questions, la liste est « actualisée régulièrement », mais elle « n'est pour autant pas exhaustive de l'ensemble des sites illégaux existant ». Un site absent de la liste peut simplement ne pas avoir encore fait l'objet d'une décision.

Les chiffres de l'ANJ montrent la vitesse à laquelle l'offre illégale se renouvelle. En 2024, l'Autorité a pris 232 ordres de blocage et de déréférencement concernant 1 337 URL, dont 910 sites miroirs, c'est-à-dire des copies de sites déjà bloqués réapparues sous une nouvelle adresse. Plus des deux tiers des adresses bloquées cette année-là étaient donc des copies de sites déjà bloqués. La dernière décision inscrite dans le fichier au 29 septembre 2026 date du 16 juillet 2026. Entre deux mises à jour, une nouvelle adresse peut fonctionner sans y figurer.

La liste noire sert donc à confirmer un soupçon, pas à le lever. Seule la présence d'une adresse sur la liste des opérateurs agréés permet de conclure qu'un site est autorisé à proposer des jeux d'argent en France.

Que change le résultat de la vérification ?

Le résultat détermine surtout vers qui se tourner en cas de litige. Si l'adresse figure sur la liste des opérateurs agréés, le joueur bénéficie de la protection prévue par le droit français. Si elle n'y figure pas, l'ANJ indique qu'il n'existe aucun recours devant elle ni devant le médiateur des jeux.

Avec un opérateur agréé, une réclamation s'adresse d'abord au service client, puis, en l'absence de réponse satisfaisante, au médiateur des jeux, dont l'intervention est gratuite et dont la proposition ne s'impose pas aux parties. Les opérateurs agréés doivent aussi vérifier l'âge et l'identité des joueurs et proposer des modérateurs de jeu, comme une limite de dépôts ou une limite de mises.

Avec un site absent de la liste, la situation est inverse. L'ANJ l'écrit sans détour : « En cas de litige, vous n'avez aucun recours. Vous ne pouvez donc pas bénéficier de la protection de la loi française, du recours au médiateur des jeux et de l'assistance de l'ANJ. » Pour un litige avec un tel site, l'ANJ renvoie vers la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), par la plateforme SignalConso, ce qui ne garantit ni le remboursement ni le paiement des gains. Les autres risques de ces sites, comme les gains non payés, le vol de données personnelles ou les escroqueries aux moyens de paiement, sont présentés dans les risques des sites de jeux non agréés. Ce texte ne constitue pas un conseil juridique.

Deux vérifications suffisent donc le plus souvent. La première, dans la liste des opérateurs agréés, dit si un site est autorisé ; la seconde, dans la liste noire de l'ANJ, dit si l'Autorité a déjà ordonné son blocage. Seule la première peut rassurer. Si les pertes ou le temps passé à jouer sont devenus une source d'inquiétude, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13 (appel anonyme et non surtaxé) et sur joueurs-info-service.fr.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la liste noire de l'ANJ ?

C'est la liste des sites de jeux d'argent dont l'Autorité nationale des jeux a ordonné le blocage et le déréférencement. Elle est publiée sur le site de l'ANJ et sous forme de fichier CSV, avec pour chaque adresse le nom du site et la date de la décision. Elle ne recense pas tous les sites illégaux.

Un site absent de la liste noire est-il autorisé en France ?

Non. L'ANJ précise que sa liste noire n'est pas exhaustive : un site peut être illégal sans y figurer encore. Seule la liste des opérateurs agréés publiée par l'ANJ permet de savoir si un site est autorisé. Si l'adresse exacte du site n'y apparaît pas, il ne l'est pas.

Un casino en ligne peut-il être agréé par l'ANJ ?

Non. En France, l'agrément de l'ANJ couvre les paris sportifs, les paris hippiques et le poker en ligne, pas les jeux de casino. Selon l'ANJ, tous les sites de casino en ligne sont illégaux et une licence internationale n'y a aucune valeur légale reconnue. Un casino en ligne ne peut donc pas figurer sur la liste des opérateurs agréés.

Le logo « opérateur agréé » suffit-il à prouver qu'un site est autorisé ?

Non. Le logo peut être copié. Selon l'ANJ, sa présence sur un site absent de la liste des opérateurs agréés constituerait une utilisation frauduleuse destinée à tromper le joueur. La seule preuve est l'inscription de l'adresse exacte du site sur la liste publiée par l'Autorité, qu'il faut consulter directement sur le site de l'ANJ.

La liste noire de l'ANJ est-elle mise à jour ?

Oui, l'ANJ indique qu'elle est actualisée régulièrement, au fil des nouvelles décisions de blocage. Au 29 septembre 2026, la décision la plus récente inscrite dans le fichier CSV date du 16 juillet 2026. Une adresse ouverte après la dernière mise à jour peut donc fonctionner sans figurer encore sur la liste.

Que faire en cas de litige avec un site qui figure sur la liste noire ?

L'ANJ et le médiateur des jeux ne sont pas compétents pour un litige avec un site illégal. L'ANJ oriente vers la DGCCRF, par la plateforme SignalConso. Ce signalement ne garantit ni remboursement ni paiement des gains. Le site peut par ailleurs être signalé à l'ANJ par son formulaire de contact joueur.

Sources